Americanah – le livre qui éclaire mes premiers changements

J’avais besoin de paix comme on a besoin d’oxygène.

Hey.

J’espère que les fêtes de fin d’année ont été belles et que la nouvelle année et sa vague de changements vous a envahi.

Bonne année à vous. Qu’aimeriez-vous que je vous souhaite ?

Moi j’aimerais qu’on me souhaite, dans cet ordre, la paix sans faille, la santé, les rires aux éclats et le succès dans tout ce que je touche.

Voici mon premier billet de l’année, un peu tardif parce que j’ai eu assez de mal à quitter l’euphorie des fêtes et à retrouver une vie normale.

Néanmoins, j’ai des journées paisibles actuellement. Je m’endors sans me demander qui m’en veut, je ne stresse pas outre mesure pour l’avenir et je dis NON sans me sentir coupable. Je suis sereine.

J’avais peur d’écrire de longs articles, de peur de ne pas être lue, mais après avoir passé tout le week-end dernier à dévorer le blog mesdisgresssions.com , qui ne contient que de longs articles, j’ai compris que la taille du texte n’est rien si le contenu est captivant. Alors, je franchis cette peur, espérant vous captiver.

On dit que les livres que nous lisons influencent notre vie et si c’est vrai, le livre dont je veux vous parler a façonné celle que je suis et m’a, d’une manière ou d’une autre, menée là où je suis.

AVERTISSEMENT : C’est le genre de livre addictif dont on n’arrive pas à lever les yeux une fois qu’on les y a posé.

Avant cela, un petit retour dans le passé.

Cotonou, l’été de mes 15ans.

Mon frère, mes sœurs et moi nous ennuyions à la maison, avec la télévision pour seule distraction car nos parents permettaient peu de sorties (aller au sport, aller à l’église, aller chez notre cousine…). (Voici le contexte de l’histoire, sans quoi ce qui suit va vous paraître banal)

Puis un jour, ma mère eut l’idée de nous inscrire tous à l’Institut Français de Cotonou (appelé Centre Culturel Français-CCF, à cette époque) car ils possèdent, entre autres, l’une des bibliothèques les plus fournies de la ville, une galerie d’art et une scène pour les spectacles.

L’institut Français nous a plu. Cet été-là nous traînions beaucoup là-bas, des journées entières à refaire le monde, tantôt dans les livres, tantôt dans les expositions des artistes, tantôt dans les spectacles du centre.

Puis, l’été s’est terminé et nous n’avions plus de temps à consacrer à l’IF. On s’y rendait juste, de manière ponctuelle, pour emprunter ou rendre des livres.

Quelques mois plus tard, alors que je m’apprêtais à avoir 16 ans, j’étais fatiguée de tous les auteurs que je lisais, appartenant tous essentiellement aux mêmes genres, je voulais lire quelque chose de différent. J’ai alors commencé à arpenter les rayons de la bibliothèque de l’IF, à la recherche de nouveaux auteurs.

Et je suis tombée sur ce livre.

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie, un de mes livres préférés à ce jour.

C’est la couleur bleue du livre qui m’a interpellée et, après l’avoir sorti des rayons, c’est la couverture qui m’a plu en premier, le titre, lui m’intrigua. J’ai lu le résumé derrière, qui commençait par un passage du livre. La première phrase était « En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire ». J’ai été séduite, irrémédiablement.

Je l’ai emprunté et ai commencé à le lire et je l’avoue, j’ai été bouleversée, par les thèmes abordés et par la justesse des mots. J’utilise « bouleversée » dans le sens de « troublée, touchée, agréablement étonnée ». Je savais, depuis mes 10 ans, qu’un jour, j’aurais un blog mais ce livre m’a vraiment confortée dans cette idée, so here we are.

Je l’ai lu en 3 jours, top chrono, entre les cours et les soirs, jusqu’à tomber de fatigue et m’endormir. J’étais réellement fascinée par la richesse de l’écriture et je n’ai pu souffler qu’après avoir lu la dernière phrase du livre. Les idées développées dans Americanah sont longtemps restées dans mon esprit et il est inutile d’expliquer à quel point il a influencé la moi de cette époque.

Je l’ai relu cette année parce que j’ai besoin qu’il influence la moi d’aujourd’hui et celle que je suis entrain de devenir.

(Inutile de préciser que suis retournée ensuite à l’IF emprunter tous les livres de Chimamanda Ngozi Adichie qu’ils avaient… )

Retour dans le présent.

Je tiens à vous prévenir qu’une fois commencé, Americanah ne quittera pas votre esprit tant que vous ne l’aurez pas terminé, selon votre sensibilité au suspens.

Alors voici une revue du livre.

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie, se résumerait ainsi : Ifemelu est une jeune nigériane qui est partie faire ses études aux États-unis et qui après une douzaine d’années, décide de rentrer vivre dans son pays. Elle nous transporte dans sa vie, de Lagos à Princeton, en passant par Philadelphie, Baltimore, New Haven et Brooklyn avant de nous ramener au Nigeria avec elle.

Au premier plan, on retrouve toutes les expériences qu’elle va traverser et son ressenti face à elles: son enfance dans une famille de classe moyenne de Lagos à une époque où la démocratie n’était pas encore une valeur sûre, son rapport à la famille et à la foi, son adolescence, sa première histoire d’amour, ses débuts à l’université nigériane, son voyage, ses premiers pas en Amérique, ses désillusions, ses relations, la création de son blog, ses déménagements, puis son retour au pays, l’acclimatation, la création de nouveaux liens, la résurrection des anciens liens, la recherche de l’équilibre.

À l’arrière-plan, il y a toutes ces relations qu’elle tisse, toutes ces personnes qui entrent et sortent de sa vie tout en y apportant ou en y dérobant quelque chose: ses amitiés au lycée, sa relation avec son premier amour Obinze, son rapport avec ses parents, sa tante Uju, son nouveau cercle en Amérique et ses nouvelles rencontres de retour à Lagos.

Ce que j’ai le plus aimé :


1- Le personnage principal, Ifemelu.


Elle est sincère et authentique, on a l’impression que l’auteur a écrit sans filtre, sans essayer de camoufler ou de rendre glamour certaines situations. Elle est forte et fragile,comme n’importe lequel d’entre nous et on peut s’identifier à elle, comprendre ce qu’elle ressent. Par ailleurs, elle a de la réplique, elle ne se laisse pas faire. Ses interventions m’étonnent et me fascinent parfois à un point où j’ai envie de rentrer dans le livre pour la serrer dans mes bras et la féliciter. Cette fille m’a épatée, par son honnêteté.


2- L’histoire.


L’histoire est bien pensée et très bien écrite. Les histoires bien écrites, même lorsque les faits ne sont pas dingues, sont mes préférées. Et celle-ci en fait définitivement partie. L’histoire est plus qu’une succession laconique d’évènements, il y a une réflexion derrière, des interrogations, des réponses et des explications. Il y a beaucoup de détails mais tout est introduit subtilement, poussant le lecteur au questionnement sans s’imposer à lui. Chaque phrase, chaque adjectif qualificatif, chaque personnage, chaque incident, chaque virgule, est à sa place dans le livre.


3- L’histoire d’amour avec Obinze, touchante.


Elle n’est pas envahissante, c’est-à-dire que ce n’est pas le thème central de l’histoire. Néanmoins elle est bien présente, faisant son effet sur Ifemelu, Obinze et sur le lecteur. J’ai aimé cet amour de jeunesse, innocent et optimiste qui naît au lycée, se poursuit à l’université et qui essaie de survivre à la distance Nigéria-USA.


4- Les thèmes abordés.


Je serais incapable de tous les lister parce qu’il il y en a tellement. Certains se retrouvent dans le déroulement de l’histoire elle-même ou au sein des réflexions d’Ifemelu et d’autres se glissent dans les conversations entre les personnages. Le duo immigration-racisme est un thème très présent (puisque c’est le thème du blog de Ifemulu), de même que la vie à l’étranger, le déracinement, le processus d’intégration et le retour au pays. Mais ce ne sont pas les seuls, on peut également citer la foi, l’adolescence et son lot d’expériences, les infidélités et les structures familiales africaines, les problèmes des différents systèmes éducatifs, les relations longue distance, la dépression, la philosophie américaine, l’insatisfaction, les comparaisons USA-Europe, les problèmes liés à l’immigration, les relations multiculturelles, la philosophie des sociétés africaines…


5- Le retour au pays.


C’est un sujet que peu d’auteurs abordent de la bonne façon. Soit, ils le décrivent trop rude, soit trop mielleux.

Dans Americanah, c’est nuancé, réaliste. On voit comment Ifemulu gère cela, ce qui la surprend, ce qu’elle trouve différent, ce qu’elle apprécie, comment certaines de ses relations ont changé ou pas avec le temps, découvrant ainsi comment elle-même a changé.


6- Les surprises.


Ce livre est un assortiment de surprises. Tu pensais avoir tout vu et tout d’un coup, on te lâche une nouvelle bombe dessus. Parfois la surprise vient des actes ou des réactions épiques des personnages. D’autres fois, elle vient des thèmes et des idées abordées. Tu ne sais jamais si la prochaine phrase va te faire rire seul au milieu du bus ou si tu vas sauter de ton lit en pleine nuit, interdit, incapable de comprendre ce qui se passe.

 

Ce que j’ai le moins aimé :

J’y ai réfléchi mais je n’ai rien trouvé alors cette partie va rester vide pour le bien de tous. Ce livre est un pur chef-d’œuvre : les lieux, les personnages, les dialogues… juste waow.


Maintenant, parlons de comment j’ai réouvert ce trésor.

Après avoir lu Americanah la première fois, j’ai souvent relu des passages du livre, sans jamais le relire en entier. Je n’y arrivais tout simplement pas. Mon problème, et je suis sûre que je ne suis pas la seule à l’avoir, c’est que, quelle que soit la manière dont j’aime un livre et suis émerveillée par lui, je suis incapable de le lire deux fois de suite dans un intervalle de temps restreint. Je me sens comme bloquée littérairement, j’ai l’impression que le suspens n’y est plus parce que je connais la suite immédiate de chaque page. Pareil pour un film.

Ainsi, au début de cette année, j’étais à une croisée des chemins et cette phrase trottait dans mon esprit : « j’ai envie d’être optimiste« . Inspirée par elle, j’ai commencé à effectuer des changements dans ma vie, surtout dans ma manière de penser. Hors de question de vouloir une vie différente sans être une personne différente. J’ai accepté, avec impuissance et humilité, la fin d’une relation chère à mon cœur. C’était douloureux mais c’était le premier pas vers la personne que je veux être, quelqu’un qui n’a pas peur de prendre des décisions difficiles pour son propre bien.

J’ai décidé de relire certains de mes livres préférés pour être inspirée et orientée dans ce changement, et Americanah était en tête de liste. Cela faisait des mois que je voulais le relire mais que je n’en avais pas eu le temps alors, profitant des derniers jours des vacances de Noël, un soir de réflexion, seule dans ma chambre, assise sur mon tapis inconfortable, accompagnée d’un mug brûlant de chocolat chaud, bercée par la tempête de neige dehors, j’ai ouvert la première page du livre.

Comme je l’ai déjà dit, c’est le genre de livre addictif dont on n’arrive pas à lever les yeux une fois qu’on l’a commencé mais j’ai décidé de me faire violence pour le lire lentement cette fois-ci, de méditer chaque enseignement qu’il pouvait me donner.

Le livre soulève beaucoup de réflexions et j’avais envie de donner le temps à mon de les faire pendant tout le mois de janvier. J’avais vraiment besoin de m’imprégner profondément de son contenu, de l’absorber et de le laisser me mener à des questions existentielles dont les réponses orienteraient, d’une manière ou d’une autre, mon changement.

Au début du mois, j’arrivais à aller , plus ou moins, lentement parce que j’étais occupée : des brunchs par ci, la rentrée par là… Je n’ai pu atteindre la moitié du livre que le week-end dernier. Si vous me suivez sur instagram, vous savez le moment exact où je l’ai terminé. Après la moitié du livre, j’ai accéléré mon rythme de lecture parce que j’étais arrivée à un point où il m’était difficile d’arrêter de lire, avide de la phrase suivante. J’ai lu le dernier quart du livre il y a quelques jours, pausée dans mon café préféré avec pour seul compagnon ma bouteille d’eau. Je ne sais pas pourquoi mais j’aime lire en public et lire me donne soif.

Je connaissais déjà la fin, mais elle m’a émue, je l’avoue. Ce livre m’a fait réaliser, une fois de plus, que tout ce que je ressens est valide et que cela fait partie du processus de ma vie. Je ne dois pas avoir honte ou peur de ce que je ressens et j’ai le droit de ne pas me sentir heureuse dans une situation ou une relation où je devrais l’être, j’ai tous les droits.

Toute ma vie j’ai voulu plaire, à toute personne qui était ou passait dans ma vie, plaire à tout prix, et cela a fini par me transformer en un être que je n’aimais pas, incapable de dire non et incapable de décevoir les attentes des autres.

J’ai réalisé dernièrement qu’avant de faire quoi que ce soit, je dois me questionner : en ai-je envie ? En ai-je le temps ? Cela me rendra-t-il heureuse/meilleure ? Cela en vaut-il la peine ? Et ce n’est qu’avec les réponses à ces questions que j’agirai ou pas.

J’ai compris que les vraies personnes dans ma vie me comprennent, comprennent mes refus, ne m’en veulent pas et continueront à m’aimer quelque soit ce qui se passe.

En 2020, j’ai retrouvé une paix que je n’ai pas ressenti depuis longtemps. Je ne parle pas de bonheur ou de joie, cela n’a rien à voir, je parle de paix. La paix, la tranquillité d’esprit, la capacité de s’endormir facilement sans questionnements interminables, ce mot de 4 lettres si essentiel. Certains disent qu’ils se sentent « vides « , moi aussi aussi je disais ça. Je pense que ce qu’on appelle « vide « , c’est en réalité le manque de paix, le manque de vraie paix. C’est sûr qu’il y a des jours où je suis triste, impuissante ou en colère, mais malgré cela, je ne me sens plus « vide ».

Brunch en tête-à-tête avec moi-même

Ainsi, je le dis et le répète, la paix que j’ai aujourd’hui vaut tout ce que j’ai sacrifié, toute relation achevée, tout malentendu inexpliqué, tout NON, elle la vaut. Parce que je manquais de paix comme on peut manquer d’oxygène.

Maintenant que je l’ai, je compte la chérir et la préserver, à tout prix. J’apprends à accepter le fait qu’une relation puisse me manquer à en hurler sans que je ne regrette qu’elle soit achevée. J’apprends à être la priorité dans ma vie. J’apprends à être là où ma présence compte au lieu de chercher à être partout à la fois. J’apprends à ne pas laisser les vies des autres être l’échelle de mesure de ma propre vie. J’apprends. C’est comme ça que je peux résumer cette phase de ma vie qui commence : un apprentissage. Pour découvrir celle que je suis et pour devenir celle que je mérite d’être. Et tout cela, dans la paix.

Cette paix sans faille que je ressens, ce plaisir à faire des choses simples (faire des courses, cuisiner, passer la journée au lit à lire, me coucher très tard), cette facilité à respirer, cette légèreté dans tout ce que je vis, cette paix divine qui calme toutes mes angoisses, je vous la souhaite aussi. Je vous souhaite du changement si cela peut vous faire du bien, je vous souhaite d’apprendre des choses exaltantes et de profiter de chaque instant de votre vie.

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie, peut être pour vous, comme ça l’a été pour moi, un point de départ.

Puisque j’ai changé et que je change, c’est normal que ma page Qui est Marlys ? en fasse autant. Jetez un coup d’œil sur la dernière version que j’ai mis en ligne juste avant cet article.

Je vous laisse sur les notes enjouées de cette chanson d’Adekunle Gold, le titre c’est « Young love » et j’en suis complètement accro.

Bisous